Marchés d’artisans au Québec : qui paie vraiment la note ?

Il n’y a jamais eu autant de marchés au Québec. Marchés de Noël, salons des métiers d’art, marchés de créateurs, foires d’automne : chaque fin de semaine, une salle communautaire, un hôtel de ville ou un sous-sol d’église se remplit de tables. Sur papier, c’est une excellente nouvelle pour les artisans. Dans la réalité, c’est souvent une tout autre histoire.

Plus de marchés, mais pas plus de place pour les artisans

Dans cette multiplication d’événements, l’artisan est trop souvent traité comme un simple locataire de table. Pour le promoteur, chaque table louée est un revenu assuré, que l’exposant vende ou non. Le risque, lui, repose entièrement sur les épaules de celui ou celle qui crée.

Et plus les marchés se multiplient, plus le public se disperse. Les visiteurs se partagent entre plusieurs événements la même fin de semaine, et les ventes de chacun diminuent. Pendant ce temps, les vrais artisans doivent se battre pour se faire reconnaître, parfois à côté de tables de produits revendus qui n’ont rien d’artisanal.

Le vrai calcul d’une fin de semaine de marché

Certains promoteurs exigent aujourd’hui des frais de table qui dépassent largement ce qu’un artisan peut espérer rentabiliser. Et la table n’est que le début. Il faut ajouter l’essence, les repas, les présentoirs, les emballages, les frais de transaction, deux longues journées debout, sans compter les heures de fabrication et de préparation qui précèdent chaque événement.

Dans mon cas, je dois vendre environ 1 000 $ de bijoux avant de faire un seul sou de profit. C’est la réalité de la majorité des artisans : avant de gagner quoi que ce soit, il faut d’abord payer pour avoir le droit d’être là.

Faire des pieds et des mains pour survivre

Pour que ça reste rentable, les artisans font des pieds et des mains :

  • ils enchaînent les événements, fin de semaine après fin de semaine;
  • ils partagent une table à deux ou trois pour diviser les frais;
  • ils coupent dans leurs marges, au point de travailler presque gratuitement;
  • ils passent leurs soirées à l’atelier pour remplir l’inventaire;
  • ils renoncent à des marchés pourtant prometteurs, simplement parce que le prix d’entrée est hors de portée.

Beaucoup finissent par abandonner. Et quand un artisan abandonne, c’est tout le public qui perd : des pièces uniques, un savoir-faire, une passion qui ne se retrouvera dans aucun magasin.

Ce que les artisans demandent

Les artisans ne demandent pas la charité. Ils demandent des conditions justes :

  • Des frais de table raisonnables, proportionnés aux ventes réelles qu’un artisan peut espérer faire.
  • De la transparence sur l’achalandage attendu, le budget de promotion et le nombre d’exposants.
  • Des marchés réservés aux vrais artisans, qui fabriquent eux-mêmes ce qu’ils vendent.
  • L’appui des municipalités, qui ont tout à gagner à garder leurs marchés vivants et accessibles.

Ensemble, on pèse plus lourd

Seul, un artisan a bien peu de poids face à un promoteur. Ensemble, c’est une autre histoire. C’est pour cette raison qu’avec d’autres artisanes et artisans, nous avons lancé le Regroupement des artisanes et artisans du Québec sur Facebook, avec l’objectif d’en faire une véritable association. Une voix commune pour négocier, pour sensibiliser les municipalités et pour défendre la place des créateurs dans nos marchés.

Vous êtes artisan ou artisane et vous vous reconnaissez dans ce texte ? Partagez votre expérience en commentaire, faites circuler cet article et surtout, joignez-vous au regroupement. Plus nous serons nombreux, plus nous serons entendus.

Inscrivez-vous au Regroupement des artisanes et artisans du Québec :
https://www.facebook.com/groups/993166647125782

Vous êtes visiteur ? Chaque achat fait directement à un artisan fait une vraie différence. Prenez le temps de parler aux créateurs, d’écouter leur histoire et de partager leurs pages. C’est ainsi que les marchés resteront des lieux de création, et non de simples lieux de location.

Marius